L'aérodrome

Pourquoi un aérodrome à Lestrem ?

Il faut remonter à la première guerre mondiale…

Le 3 août 1914, lorsque l’Allemagne déclare la guerre à la France, une partie du haut commandement militaire français n’est pas encore convaincue de l’utilité de l’aviation dans la guerre. Mais très vite la précision des renseignements fournis par les observations faites en vol fait prendre conscience aux états-majors des capacités incroyables de l’aviation en temps de guerre. Les missions des aviateurs se précisent alors : l’observation et la reconnaissance, le bombardement et la chasse. L’aviation d’observation se développe tout au long de la guerre. Il s’agit de rapporter des informations sur les mouvements des troupes ennemies et prévoir leurs attaques. Les avions deviennent les « yeux » de l’artillerie.

L’aérodrome militaire de Merville

Le 13 mai 1912 le N°2 Squadron est formé à Farnborough. Il fait mouvement pour la France le 13 août 1914. Tandis qu'un détachement reste à Saint-Omer, le N°2 Squadron arrive sur la commune de Merville le 27 novembre 1914 pour s’installer sur un terrain d'atterrissage aménagé par le Royal Flying Corps. Il est à l'époque équipé de BE 28 et de RE 5. Il y reste jusqu'au 30 juin 1915 pour être remplacé ensuite le 18 juillet par le N°16 Squadron. La commune de La Gorgue possédait elle aussi un second aérodrome.

L'aérodrome utilisé par les Anglais était situé sur la rive droite de la Lys à l'endroit où se trouvent actuellement les établissements Roquette. Il avait la forme d'un L dont la barre verticale mesurait à peine 100 mètres de long et 20 de large, tandis que la piste qui longeait la Lys mesurait 250 m de long, avec une largeur variable de 100 mètres à son extrémité à une quarantaine de mètres devant les hangars. Au point de rencontre des 2 pistes, le terrain n'était pas très égal, et en pente douce vers la rivière où une péniche servant de mess était amarrée. Au loin, se trouvait une rangée de grands peupliers, partout ailleurs des fourrés, des fossés, des bouquets d'arbres, des fermes et des hangars d'avions. La petite piste ne pouvait être utilisée que si le vent soufflait fort dans la bonne direction. Plusieurs hangars en toile, pouvant abriter un avion, avaient été érigés sur un côté du champ, mais ils avaient la fâcheuse habitude de s'effondrer chaque fois que le vent se levait. Il y avait également des camions-ateliers, des dépôts de matériels et des sentiers qui menaient, soit aux hangars, soit aux latrines des officiers ou au poste de commandement qui était installé dans une ferme de l'autre côté du champ, où des pièces étaient allouées à chacun des 3 "flights'' (sections) qui pendant la journée utilisaient l'endroit pour attendre les ordres et prendre leur lunch. La nuit ils retournaient au mess du squadron dans la péniche ou au cantonnement à Merville.

En tant qu'aérodrome temporaire et camouflé, l'endroit avait peu d'avantages, et comme base permanente d'un escadron actif, il n'y avait aucun doute qu'il s'agissait d'un des endroits les plus mal choisis de tout le "plat pays".

Extrait du livre des « Amis du vieux Merville »Merville pendant la guerre 1914-1918

 

 N ° 16 Squadron est un escadron volant de la Royal Air Force. Il est en formation du 10 février au 5 mars 1915 à Saint-Omer pour mener à bien un mélange de patrouilles offensives et de reconnaissance et a été démantelé en 1919 avec la fin de la première guerre mondiale. Le 18 juillet 1915 il s’installe sur le terrain de Merville pour prendre part aux opérations de reconnaissance et de bombardement sur le front à peine distant de quelques kilomètres.

En avril 1918, le terrain est occupé par le N°208 Squadron Royal Air Force commandé par le major C. Draper et équipé de Sopwith Camel. Le 9 avril 1918, lors de l’offensive allemande sur toute la ligne de front, l’unité va devoir évacuer le terrain. Hélas, un brouillard très dense empêche les avions de décoller. C’est ainsi que les seize appareils seront incendiés pour ne pas les voir tomber intacts aux mains des Allemands. Les pilotes, puis les mécaniciens, quitteront l’aérodrome en fin de matinée pour suivre le repli des troupes. Ils atteindront Serny, au sud de Thérouanne, pour y être rééquipés en quelques heures et reprendre le combat.                                                                                             

Après le départ des Britanniques, les Allemands installeront un nouvel aérodrome à proximité de celui de Beaupré, lequel sera plusieurs fois bombardé durant le mois de mai par des aviateurs du N°4 Squadron de l’Australian Flying Corps. L’un d’entre eux fut un as, le capitaine A.H. Cobby.

Après 1918, le terrain ne sera plus réutilisé pour une activité aéronautique et les terres retourneront à la culture.

Extrait du n°2 de la collection aérodromes Merville-Calonne de l’Association Anciens Aérodromes

 

Le terrain d'aviation actuel

En 1931, le sénateur Amaury de la Grange dénonce, lors d’une discussion du budget du ministère de l’air, «  le nombre insuffisant de terrains d’aviation pour la sécurité, le développement de l’aviation marchande et de l’aviation de tourisme », et donc la nécessité de définir un programme de création d’aérodromes. Le contexte international explique le nombre d’aérodromes mis en place dans les années trente. Ces terrains avaient la forme d’un quadrilatère en herbe d’environ cent hectares de façon à permettre le décollage des avions contre le vent, quel que soit le sens de celui-ci.

Les procédures d’expropriations étaient particulièrement complexes, le décret du 30 octobre 1935 facilita la création de nombreux terrains, il était destiné à permettre «  l’exécution rapide de tous travaux militaires urgents entrepris par le ministère de la guerre, de la marine et de l’air ».

En 1937, le commandement français allait commencer les travaux d'aménagement d'une autre plate-forme à l'emplacement actuel de l'aérodrome de Merville-Calonne.

Les prémices du terrain d'aviation : Lettre envoyée par le ministère de la défense nationale et de la guerre, en date du 30 octobre 1936, adressée à M. le directeur du génie à Lille.

''Création d'un terrain d'aviation,

     Vous m'avez transmis le procès-verbal de la conférence du 11 septembre 1936 relatif à la création du terrain d'aviation de Merville.

     J'ai l'honneur de vous faire connaître que la proposition concernant l'occupation du terrain et son aménagement sont approuvés. Toutes mesures devront être prises pour que les travaux commencent dans le plus court délai. L'allocation de crédit nécessaire (2 093 100 francs) vous est notifiée par ailleurs.

     La procédure d'acquisition ou d'expropriation devra suivre au plus près de l'occupation.''

Pour le Ministre,  Le général directeur du génie,  Alleau.

A D N 2 série R 71

 

Pour une fois, cette affaire ne traîne pas dans un des tiroirs de la Grande Muette, car le 28 décembre 1936, se tient à la mairie une importante réunion destinée aux locataires qui seront touchés par les expropriations de leurs terres lors de la mise en chantier des travaux de construction des pistes dont l'étendue sera de 108 hectares. Sont également présents Messieurs Jean-Pierre Plichon, député, Albert Quille…/…Une trentaine de cultivateurs sont groupés autour des notabilités, certains seront dépossédés complètement des terres qu'ils exploitent, aussi cette première entrevue a pour but d'examiner les répercussions que cela entraîne pour eux…/… Les cultivateurs sont convoqués par le lieutenant-colonel commandant le génie sur leurs terres les 5,6 et 7 janvier 1937…

Extrait du livre des « Amis du vieux Merville » Merville pendant la guerre 1914-1918

 

Création définitive de ''l'Aéro-Club'' de Merville

Au cours de l'été 1938, bon nombre de personnalités de l'ancien arrondissement d'Hazebrouck s'étaient réunies sur l'initiative du baron Amaury de la Grange (voir photo), sénateur et président de l'Aéro-Club de France, afin de jeter les bases d'un comité de propagande pour le développement de l'aviation.

Baron Amaury de la GrangeGrâce à l'effort accompli dans ce domaine le nouvel Aéro-club se constitue définitivement le 22 mai à 14 heures en l'Hôtel de ville de Merville sous la présidence de Monsieur de la Grange.

Après les souhaits de bienvenue exprimés aux participants par Monsieur Albert Quille, Maire de la ville, le baron de la Grange expliqua la nécessité de former des jeunes gens capables de défendre le pays en temps de guerre et de développer l'aviation civile dans la paix.

Naturellement Monsieur de la Grange est élu président ; Messieurs Quille et Plichon (député) vice-présidents ; Albert Laune secrétaire ; le lieutenant de réserve Bonte trésorier ; membres : Monsieur le commandant de réserve Deveyer et Monsieur Delattre.

Le comité est bien décidé à se mettre immédiatement à l'œuvre afin que l'Aéro-Club mervillois sous son énergique impulsion occupe bientôt une place importante parmi les nombreux groupements existants en France. Malheureusement, exactement un an plus tard leurs bonnes résolutions seront anéanties et ce sont d'autres aviateurs qui assombriront le ciel mervillois.

 

Pendant la 2nd Guerre mondiale

Le champ d’aviation est bombardé, bombardé…

De septembre 1939 à Juin 1940, c'est la Royal Air Force des britanniques qui occupent le terrain d'aviation. La menace des chasseurs et des bombardiers de la Luftwaffe sera permanente. A l'occasion de la "bataille de France" du 23 au 27 mai 1940, l'armée allemande prendra possession du terrain.

 

Avion hurricane

Jusqu’à l’automne 1941, les Allemands se contentent d’effectuer divers travaux de réparation. C’est alors que la plate-forme de Merville sera sélectionnée pour devenir une base équipée. Les travaux débuteront par la construction de trois pistes bétonnées de mille six cent mètres de long, de très nombreux hangars pour bombardiers et tous les bâtiments opérationnels ou de protection. On note également d’importants travaux d’amélioration du drainage, la plate-forme étant marécageuse. Cette période de construction a duré jusqu’aux bombardements de 1944. Au plus fort des travaux, près de trois mille personnes étaient occupées chaque jour sur le site. De nombreux agriculteurs environnants furent réquisitionnés durant toute cette période pour transporter les matériaux de construction entre les gares, les canaux et l’aérodrome. De même presque tous les corps de métier artisanaux furent mis à contribution…

Les Allemands prirent soin de construire les nouvelles installations hors de l’emprise initiale afin de garder l’aérodrome opérationnel. Les utilisateurs et propriétaires furent délogés avec beaucoup moins de courtoisie que pour le premier terrain.

Durant toute la période d'occupation allemande, les alliés bombarderont régulièrement le terrain...

Les bombardements du 12 juin 1944 à Merville

Le mardi 6 juin 1944, quelques avions alliés bombardent le champ d'aviation où depuis longtemps il n'y a plus d'appareils mais où se continuent des travaux d'entretien.

La date du lundi 12 juin restera marquée à jamais dans l'histoire de la cité. Ce matin-là vers 8 heures 25, comme presque tous les jours l'alerte est donnée, au loin on entend le bourdonnement caractéristique de l'arrivée d'avions. Bientôt les Mervillois aperçoivent plusieurs escadrilles de bombardiers moyens arrivant de la direction de La Bassée et se dirigeant vers Hazebrouck. Lorsque le premier groupe d'avions se trouva au-dessus de la ville il se détacha un petit ballon blanc qui suivant la direction du vent se dirigea vers Lestrem. Peu après, 8 escadrilles de 12 bombardiers américains de couleur blanche sous le soleil étaient visibles. A 8 heures 50 on vit très distinctement une fumée rouge descendre lentement au-dessus du quartier de la gare. A l'église Saint-Pierre le glas sonne pour appeler aux funérailles de Monsieur Georges Facon, tôlier, décédé le 8 juin route d'Hazebrouck à l'âge de 34 ans. Quelques minutes plus tard, plusieurs centaines de petites bombes tombent sur tout le secteur compris entre l'aérodrome, la route de La Gorgue et les fonderies Franco-Belges sur une largeur de 500 mètres. Le quartier le plus touché fut celui des Deux-Ponts proche de l'aérodrome (cible des avions), mais aussi les routes de La Gorgue, Régnier-Leclercq, de Béthune et d'Hazebrouck. Tout se passa en un éclair ! Le premier émoi passé, les secours s'organisent. Les services de la défense passive avec une louable célérité s'empressent de se rendre sur les lieux, où gisent 140 victimes dont une quarantaine de morts, principalement au carrefour des Deux-Ponts et à la Basse-Boulogne. On relève plusieurs morts dans le sas de l'écluse que plusieurs ouvriers sont en train de réparer, ainsi que dans la cour de la Brasserie Ducroquet, Rue Bournoville une bombe pénètre dans une cuisine et y tue deux petites filles prenant leur petit déjeuner…

Extrait du livre des « Amis du vieux Merville »Merville pendant la seconde guerre mondiale 39-45.

 

Dernier raid de la Luftwaffe sur l’aérodrome, janvier 1945

Dans la nuit de 1'an, vers 23 heures 50, alors que la ville repose par une nuit claire, la Luftwaffe lance un raid aérien destiné à détruire les forces américaines dans le Nord de la France et en Belgique. A Merville ce raid débute par le "marmitage'' du séminaire puis du terrain d'aviation et continua tout le matin suivant sur d'autres bases, y compris Bruxelles et Couvron.

A plusieurs reprises les mitrailleuses crépitent et cela remet en mémoire les heures mouvementées. De cela il faut tirer deux conclusions : la nécessité absolue de camoufler les lumières et que la guerre n'est pas finie. A première vue, l'Etat-major de la Huitième Force américaine pensa que la Luftwaffe avait réussi. Elle avait détruit de nombreux avions, certains observateurs diront plus de 300. Adolf Galland, commandant de la Luftwaffe à cette époque, considéra ce raid comme "la fin de la Luftwaffe en tant que force de combat''. L'aviation allemande a détruit beaucoup d'avions alliés mais a aussi perdu énormément de ses pilotes, des hommes irremplaçables. A partir de ce jour les forces aériennes alliées ont pratiquement le contrôle du ciel. Les avions à réaction de la Luftwaffe auraient pu modifier cet état de fait, mais ils étaient trop peu nombreux et il était trop tard.

 

En novembre 1945 l’aérodrome est remis à l’armée française (2ème région aérienne) qui s’y installera avec un petit détachement sur la partie de Lestrem, dans l’ancien casernement allemand. Il assurait le gardiennage de l’aérodrome. Par l’arrêté interministériel du 1er septembre 1947 l’aérodrome est affecté à l’aviation légère et sportive.

 

Un aérodrome de l’OTAN de 1952 à 1966

Avec l’après-guerre un nouvel ordre mondial apparaît. L’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) en est l’expression la plus concrète sur le vieux continent. Le redéploiement d’une partie des forces américaines présentes en France se traduit en 1950 par des projets d’aménagement de nouvelles bases aériennes aux standards de l’OTAN. L’aérodrome de Merville est concerné avec l’acquisition de terrains et un aménagement sommaire des voies d’accès. Le but est d’y créer un « aérodrome de diversion », c'est-à-dire de secours. Il est déclaré d’utilité publique par le décret ministériel du 23 mai 1952.

Après 1966, Sous l’impulsion du général De Gaulle, la période OTAN se termine. Il faut attendre la décision du premier ministre le 4 octobre 1967 et l’arrêté interministériel du 16 octobre 1967 (qui ne sera  régularisé qu’en 1978) pour que le ministère des transports devienne l’unique affectataire de l’aérodrome.

En 1968, tout change pour l’IAAG. Un événement important pour l’institut, devant une pénurie nationale de pilotes, le SFA et Air France décident de lancer un nouveau type de recrutement réservé aux jeunes pilotes des aéro-clubs et de confier la formation à l’institut.

A cette époque deux activités cohabitent :

- la partie sud qui comprend la piste OTAN de 2 400m, utilisée par l’Aéro-Club de la Lys et la circulation aérienne générale.

- la partie nord qui comprend l’ancien taxiway OTAN réservé à l’Institut Amaury de la Grange (parapiste sur laquelle a été installé le balisage lumineux de l’ancienne piste principale OTAN, probablement le « balisage de campagne » amovible laissé par l’armée américaine).

On avait alors pratiquement deux aérodromes juxtaposés ayant chacun une activité importante. L’Aéro-Club en 1969 comptait cent cinquante-cinq pilotes et l’IAAG évoquait près de 100 000 mouvements.

 

Source : Petites Histoire de Lestrem II par l'association Valorisation du Patrimoine de Lestrem.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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