Le mur des rescapés

Que s’est il passé le 27 mai 1940 ?

carte4La France est en guerre contre l’Allemagne nazie. Au cours de la bataille de France dans le cadre de la bataille de Dunkerque, le dimanche 26 mai 1940, le 1er bataillon des Royal Scots et le 2éme bataillon du régiment des Royal Norfolk arrivent dans le village de Paradis pour une action d'arrière-garde. Les quartiers généraux et le poste de secours du régiment sont établis dans des maisons et une ferme de la rue de Derrière. Les positions de la compagnie sont tenues dans le village et autour de l'église. De sévères pertes sont infligées par les deux régiments britanniques à la division des SS Totenkopf qui font partie des éclaireurs de premières lignes de l'armée allemande. Le 27 Mai les villageois avaient évacué leur village avant la bataille, (ils rentrèrent le 2 juin pour retrouver leurs maisons détruites par le feu). Depuis les premières heures de la matinée, les Allemands installés sur la rive nord du canal d'Aire à la Bassée, à Hinges, attaquent les abords du champ d'aviation de Merville, défendu par ce qui reste du régiment anglais « ROYAL SCOTS ». Les soldats écossais se battent farouchement contre un ennemi dix fois supérieur en nombre. Par deux fois les assauts du 2 ème régiment d'infanterie S.S., appuyé par le 2 ème régiment d'artillerie S.S. ont été repoussés. Les courageux Ecossais contre-attaquent à la baïonnette, arrêtant pour un temps les attaques déchaînées des nazis qui dans leur rage jettent des grenades dans les caves et incendient la quasi-totalité des fermes et maisons du quartier du Pacault, à Hinges. Hélas, malgré tout leur héroïsme, les Ecossais seront bientôt submergés au début de l'après midi par un troisième assaut des S.S. appuyés par leur artillerie. Au cours de cette attaque les assaillants perdent un de leurs chefs, le colonel Goetze, et leur rage s'accroissant, ils vont bientôt se livrer à un des actes de barbarie sans nom qu'ils commirent dans tous les pays où ils passèrent. Les positions des Royal Scots sont anéanties par des tirs nourris. Dans une ferme transformée en poste de secours, rue du Cornet Malo, à Paradis Lestrem, les infirmiers anglais munis du brassard de la croix rouge(1), sont occupés à soigner les blessés. Il est 15 heures et l'issue de la bataille ne laissant plus de doute pour les Britanniques, ceux-ci s'attendent d'un moment à l'autre à l'apparition des Allemands. Celle-ci ne tarde pas. Ivres de fureur, les S.S. font sortir sous les coups de crosse, infirmiers et blessés, les uns soutenant les autres et les poussant vers le chemin proche. Le major anglais Ryder, occupé à accoucher une évacuée de nationalité polonaise dans la cave de l'immeuble, est brutalement jeté dehors et forcé de rejoindre ses compagnons. Encadrés, au total 98 prisonniers sont ainsi groupés par les S.S, les malheureux Britanniques sont conduits jusqu'au mur de la ferme Creton où ils sont alignés pendant que l'on met devant eux une mitrailleuse. Celle-ci va bientôt cracher la mort et les Anglais s'abattent fauchés à bout portant.

   

Lieu où se déroula le massacre

Carte du massacre

 

Cyril Jolly, raconte dans son livre : « The vengeance of Private Pooley », le vécu de ces deux hommes avant, pendant, et après le massacre, jusqu’au procès de Hambourg où trois des quatre criminels de guerre nazis, le colonel Fritz Knochlein et les capitaines Pétri et Kenda furent jugés et condamnés à mort en octobre 1948. Le quatrième hitlérien, le capitaine S.S. Albrech, ne figurait pas au banc des accusés ayant été extradé en Union Soviétique où il avait également à répondre de nombreux actes de barbarie.

 

Ceci est l'histoire qui vous raconte comment cette résolution, prise au milieu d'un monceau de camarades morts, conduisit POOLEY à la tenir à travers d’incroyables et pénibles efforts. Des hommes plus faibles seraient morts ou bien se seraient dits sans espoir ''Que puis-je faire moi simple soldat?''. POOLEY ne voulut pas, malgré ses souffrances, malgré son absence de grade ou d'influence abandonner sa démarche pour que justice soit faite.

    Cette histoire n'est pas belle mais elle est vraie. Elle est arrivée à deux parmi des millions de soldats britanniques. Elle est étonnante non seulement parce que ces deux hommes désignés pour le massacre, atteints par des balles tirées de près, avaient échappé aux baïonnettes de ceux qui donnaient le coup de grâce ; elle est étonnante aussi parce que ces deux hommes littéralement de retour du tombeau, en dépit de l'incrédulité des autorités militaires et de leurs propres amis réussirent à mettre la justice en route pour que le crime  fut vengé.

Un humble soldat estropié de l'armée britannique et son camarade réussirent à atteindre à travers l’Europe un colonel allemand, à lui taper sur l'épaule et à lui dire : « C’est vous que nous voulons ».

 

LA TEMPETE

Le samedi où Neville CHAMBERLAIN annonça que la guerre avait été déclarée à l’Allemagne, deux simples soldats d'un bataillon du Royal Norfolk se trouvaient au camp de BORDON dans le Hampshire…/…

Monsieur Jolly nous parle des débuts de la guerre, de leur arrivée en France, puis Pooley est envoyé sur le front en Belgique, à TOMBEEK sur la rive sud de la Dyle. Le 12 mai, POOLEY et ses camarades virent pour la première fois l'aviation alliée. L'armée belge est pulvérisée sous les coups de boutoir de la Reischswehr. Dans WAVRE même, le Royal Scots est aux prises avec les Allemands. Le 16 mai, les Norfolks occupent leurs nouvelles positions autour de LA HULPE. Dans l'après-midi du mercredi 17 mai, le bataillon arrive à RIBSTRAAT. Samedi matin, nouvelle retraite en direction de FROIDMENT, à l'ouest de l'Escaut. Les Allemands se trouvent en force dans TOURNAI. La compagnie s'installe sur la ligne GORT. Puis ce fut PONT-A-MARC, SECLIN, NEUVE-CHAPELLE.

…/…Il n'était pas neuf heures quand nous arrivâmes à la Bassée…/…Les obus ennemis tombaient alors sur Locon.

Deux des compagnies avaient pris position aux petites heures du matin du 25, mais deux autres compagnies ne s'étaient pas présentées. Dès la lumière du jour, une intense attaque aérienne se produisit additionnée de quelques tirs de mitrailleuses. Au jour également, les deux compagnies absentes avertirent qu’elles avaient pris contact l'une avec l'autre mais, malheureusement, on constata qu’elles ne se trouvaient pas en contact avec le reste du bataillon. Ce n'est qu’après avoir procédé à des recherches qu'on découvrit que les compagnies s’étaient postées à un mauvais angle du canal juste en dehors de Béthune. Elles se trouvaient en fait, placées perpendiculairement au bataillon et à la ligne ennemie.

En outre, il existait une vaste brèche entre le bataillon et elles. On notait aussi une autre brèche de 200 mètres entre la compagnie C et le Lancashire Fusiliers et ce vide, il fallait le combler de jour par les tirs de mitrailleuse et de nuit par des patrouilles. Les envahisseurs avancèrent entre la compagnie A et le Royal Scots, puis entrèrent dans le bois de Pacault. Il fallut une vigoureuse et coûteuse contre- attaque de la compagnie A pour éliminer cette infiltration. On espérait rectifier la ligne de front au cours de la nuit. Cependant, une activité considérable était constatée sur la rive Sud du canal. Des éléments avancés de la division S.S. TOTENKOPF étaient arrivés le 24 et la totalité de la division le 25. Deux régiments d'infanterie, le 2ème R.I.et le 3ème R.I. avaient pris position entre Hinges et Mont Bernanchon, le 2ème Régiment était commandé par le colonel Bertling et le 3ème par le lieutenant-colonel Goetze. Sur la gauche de ces deux régiments, il y avait une division panzer.

Les deux régiments, le 2ème et le 3ème, étaient motorisés, et pour l'attaque, on leur avait affecté un régiment d'artillerie S S. Le service de renseignement allemand avait été informé qu'on leur opposait des régiments Britanniques d'élite avec pour instruction de retarder le plus longtemps possible l'avance allemande si on ne pouvait la stopper. Il fallait envisager la possibilité d'une forte contre-attaque britannique. Les ordres étaient que " dans l'éventualité d'une attaque britannique structurée les positions devaient être tenues à tout prix ".

L’activité de l'artillerie britannique qui tirait par dessus le canal obligea les Allemands à s'enterrer.

Le 2ème R I avait atteint le canal de la Bassée dans l'après-midi du 25. Il était parti de la Sarre et avait pris position près de Cologne le 10 mai prêt pour la guerre éclair. Après avoir avancé à travers le Luxembourg, le Sud de la Hollande et la Belgique, le régiment parvient dans la région de Cambrai - Arras sans avoir eu à combattre La plupart des troupes de reconnaissance allemandes étaient lancées à travers le cours d'eau mais ne réussissaient pas à retourner dans leurs lignes. Le génie avait placé des mines le long de la rive britannique du canal. Les préparatifs pour une attaque furent vite effectués et des instructions furent données pour un assaut contre la ligne Britannique. L'objectif immédiat pour le 2ème R I étaient l'occupation de Cornet Malo et de Paradis, mais on s’attendait à ce que le 3ème régiment rencontre une résistance plus forte. Le 2ème R I devait être prêt à l'aider en cas de nécessité et à couvrir son flanc Pendant la Journée du 26 l'ennemi fit de nombreuses tentatives pour traverser le canal. Les ponts écroulés étaient défendus par les Britanniques, aussi des barques coulées furent-elles employées comme moyen de franchissement.

Le commandant des Norfolk avait été convoyé au Q G de la Brigade. A son retour il était presque minuit. Le quartier général du bataillon avait été déplacé à Paradis.

Paradis est un hameau de quatre cents habitants dépendant de la commune de Lestrem. Quelques maisons, un café et un magasin se regroupent autour de l'église qui se dresse sur la route de Merville à Lobiau. A une centaine de mètres au Sud, se trouve le carrefour de cette route avec la Rue de Paradis, avec un estaminet le reste du village est disséminé sur une vaste superficie. Le pays est plat, on note quelques haies mais seulement autour du village. Des saules bordent les chemins des fermes et dans les prés profonds bruissent les roseaux. La terre est riche, on y cultive les légumes, les pommes de terre et la betterave sucrière. On y trouve aussi de vastes cultures de maïs et de blé. Les gens de Paradis sont très attachés à la terre.

A trois heures du matin, le 26 mai 1940, le Q G du Bataillon avait été établi à la ferme Duriez, Rue de Paradis à cinq cents mètres du carrefour Les deux compagnies installées sur de mauvaises positions avaient fait mouvement dans l'obscurité et avaient maintenant rejoint leur poste exact. La compagnie " A " tenait le CORNET-MALO avec la compagnie " B " sur sa droite et la " D " sur sa gauche. La compagnie " C " se tenait à l'extrême.

      A trois heures du matin, l'ennemi lança une attaque des plus déterminées contre la compagnie B ainsi qu'une attaque plus légère sur le flanc gauche du bataillon. Le feu des mortiers allemands était intense et précis. On dénombrait de nombreuses pertes dans les rangs britanniques. Les attaquants forcèrent leur route dans le village et dans les rues du Cornet Malo, on s'y battait maison par maison. Les Allemands progressaient au mortier, à la grenade, au fusil et à la baïonnette ; la compagnie B, avec l'aide de la A, contre attaqua et essaya de chasser l'ennemi du village mais la position ne fut pas rétablie. Le combat était sauvage; chaque maison, chaque construction était férocement disputée. Des hommes mouraient pour garder un hangar. Au petit jour, les compagnies A et B annoncèrent qu'elles avaient été très durement touchées et avaient perdu la plupart de leurs effectifs. Il ne restait plus d'officier à la compagnie B. On réussit à réorganiser les deux compagnies décimées en une seule unité d'à peu près soixante hommes qui combattit au Cornet Malo. Vers midi, de nouvelles pertes avaient rendu la situation dans le village non pas simplement mauvaise, mais désespérée.

 A ce moment, un ordre strict parvint : de tenir les positions à tout prix jusqu'au dernier moment et au dernier homme.

 

CHAPITRE DEUX

LA DERNIERE POSITION

C’est à la fois une erreur et une tromperie de faire des hommes des héros quand ils ne l'étaient pas, et de présenter une escarmouche comme une épopée. D'un autre côté, le dernier poste du Royal Norfolk et du Royal Scots le long du canal de la Bassée mérite d'être mieux connu et mieux remis dans les mémoires. Il est maintenant clair, selon les rapports allemands émanant d'officiers d'un grade élevé, que la résistance des Norfolk au Cornet-Malo et à Paradis fut aussi courageuse que n'importe quelle autre au cours de cette tragique campagne. Ce n'est pas déprécier la valeur des hommes qui tinrent Calais et de ceux qui acquirent une gloire immortelle à Dunkerque, de rappeler que les soldats qui combattirent et moururent pour garder l'ennemi éloigné de Dunkerque, ne pouvaient pas être sauvés par de petits bateaux mais devaient tenir à n'importe quel prix, les fermes, les maisons et les fossés de deux villages français.

Des années plus tard, nous ne nous souvenons pas seulement de la grandeur de leur décès, mais aussi de l'habileté et du courage dont ils firent preuve pour obéir aux ordres et réussir ainsi à contenir pendant trois jours des forces bien supérieures aux leurs.

Le moment était donc venu de réorganiser le bataillon tout entier, et de répartir ce qui restait des officiers dans les divers postes.

L'après-midi du 26, l'ennemi en force avait traversé la Bassée et les compagnies " B " et " C " étaient engagées dans des combats au corps à corps. Les hommes avaient conscience de leur situation désespérée. On leur avait dit également quelle était l'importance pour tous de leurs efforts pour endiguer la marée ennemie. Toutes les attaques étaient repoussées les unes après les autres. Mais à quel prix ! Les fantassins britanniques avaient peu ou pas du tout l'appui d'artillerie et on ne voyait aucun signe de l'aviation alliée. Chaque homme savait qu'il ne devait guère compter que sur lui-même. Le Q.G. de la compagnie A se trouvait dans un estaminet au coin d'un carrefour du village du Cornet Malo, une route grimpait du canal jusqu'à MERVILLE et l'autre de RIEZ DU VINAGE vers PARADIS. Au cours d'un instant d'accalmie, POOLEY fut désigné pour se poster avec quatre hommes dans une maison et surveiller 1a lisière du bois Pacault où des tireurs d'élite embusqués se montraient très actifs. On atteignit la ferme et POOLEY posta ses hommes. Un des soldats se tenait près de la porte d'une étable. Cette porte s'ouvrait par moitié, la moitié du haut était ouverte. Il ne se trouvait là que depuis quelques minutes quand un tireur le blessa au poignet. Un autre subit exactement le même traitement. POOLEY observait le bois à travers une lucarne, il était évident que le tireur possédait un fusil à lunette car il logea très vite une balle très près de la tête de POOLEY. Un mortier se mit alors à tirer et le troisième projectile percuta la maison et POOLEY considéra qu'il était temps d'en sortir.

Le groupe se tapit dans le fossé observant les positions où pouvaient se trouver les tireurs. POOLEY eût le choc de sa vie quand, tout à coup, il vit un buisson bouger, ou du moins ce qu'il prenait pour un buisson. Il regarda intensément jusqu'à en avoir mal aux yeux. Le buisson bondit en avant, POOLEY se jeta à terre, il visa avec soin, tira, le buisson bondit et tomba à la renverse. Le tireur allemand avait sûrement repéré un autre poste et pensant qu'il n'était pas observé, s'était déplacé, et en était mort. Le groupe alla alors vers une villa et l'un d'eux couvrit la route avec un fusil-mitrailleur Un sous-officier du Q G du bataillon vint à eux. Il cherchait un autre groupe qui s'était porté en avant mais n’était pas revenu. POOLEY et le sous-officier avancèrent avec précaution le long de la route, puis voyant un mouvement un peu plus loin dans le fossé, se mirent à ramper en se préparant à d'éventuels ennuis ; ils virent que ce mouvement avait été causé par un soldat ennemi blessé. Il avait été touché au genou et semblait inapte à des combats futurs. Il était petit, beau garçon, et portait l'insigne des troupes SS Les deux Anglais le ramenèrent au Q.G. de la compagnie. POOLEY s'en retourna alors vers ses hommes et après avoir attendu un temps considérable pendant lequel il n'observa aucun mouvement sur le front des ennemis ; il se mit en route avec son groupe pour revenir vers le quartier Général. Ils n'avaient pas fait beaucoup de chemin quand ils virent un officier s'approcher, il arrêta POOLEY et les renvoya d'où ils venaient avec ordre de ne pas en bouger sans instructions Aussi pendant deux heures de plus les trois hommes (deux ayant été blessés au poignet) observèrent la campagne environnante .Mais où que fussent les Allemands ce n'était pas en face d'eux.

Ils reçurent donc du Q G de la compagnie l'ordre de se replier et la compagnie elle-même, ce qu'il en restait du moins, retourna aussi vers le Q G du bataillon en prenant bien soin d'éviter les carrefours abondamment balayés par les mitrailleuses allemandes. Le Q.G du bataillon donna l'ordre à la compagnie A d'occuper une maison avec un verger située dans la partie sud de PARADIS. Au bout d'un certain temps, POOLEY fut envoyé porter un message au Q.G. du bataillon. Sur le chemin du retour, il rencontra un copain qui le tira à couvert dans une maison et lui désigna un fossé à quelque distance de lui en lui disant de l’observer. Au début, POOLEY ne put rien voir, puis il comprit la raison de l'attitude de son ami En effet, on distinguait les casques et les fesses des soldats allemands qui se déplaçaient le long du fossé. Ils rampaient, mais sans prendre la précaution de bien s'allonger sur le ventre .L'ami lui dit qu'ils se regroupaient dans les buissons et les arbres près d'une ferme Ils s'étaient infiltrés par la grande brèche entre la compagnie « A » et la compagnie « C ».

POOLEY retourna en toute hâte vers le Q G. et se rendit compte qu'un certain nombre d'Allemands utilisaient un fossé pour se concentrer. Un caporal, muni d'une arme automatique et quelques hommes l'accompagnèrent jusqu'à la maison où le camarade de POOLEY continuait à observer les Allemands qui se déplaçaient. Un Bren-Gun (fusil mitrailleur) fut monté très calmement. POOLEY montra la ferme où les Allemands se rejoignaient. Après un commandement, d'une voix assourdie, le Bren-Gun ouvrit le feu sur les buissons un peu plus loin les arrosant de balles, pendant qu'avec leurs armes individuelles, les hommes tiraient sur les adversaires dans le fossé. Finalement une vingtaine d’allemands essayèrent de sortir des buissons, mais ils furent « couchés » par des rafales et trois hommes qui rampaient le long du fossé furent atteints à leur extrémité la plus vulnérable. La maison, avec les restes de la compagnie A était devenue trop chaude, les hommes sortirent. POOLEY et deux autres s'engagèrent dans un champ de jeune blé. Alors qu'ils se couchaient, ils virent à quelque distance un soldat britannique qui se dirigeait vers une position ennemie. Ils crièrent mais il n’y prêta aucune attention. Peut-être n'entendait-il pas ? Deux coups de fusil furent tirés devant lui pour l'avertir. Il ne s'arrêta pas ni ne se pressa, mais continua sa marche en avant On ne le revit plus. Sûrement, une tombe dans le cimetière de PARADIS porte maintenant son nom.

Au crépuscule, les Allemands purent faire traverser le cours d'eau à quelques véhicules cuirassés - probablement à PONT-SUPPLIE - et avec leur appui attaquèrent les positions des Norfolk. C'était un fait nouveau, important pour nos hommes, mais ils utilisèrent avec beaucoup d'efficacité leurs fusils antichars, mirent hors de combat plusieurs véhicules et repoussèrent l'attaque.

Les Allemands massaient rapidement leurs forces sur la rive nord du canal plus près de Béthune et lançaient également des troupes et des véhicules près du CORNET-MALO. Comme la nuit tombait, la pression ennemie se relâcha et il apparut qu'ils étaient en train de se réorganiser à la faveur de l'obscurité. Les défenseurs avaient encore plus besoin de répit que les attaquants et durant les heures calmes de cette nuit, des miettes de repos furent saisies et des repas chauds furent distribués à quelques soldats. Si les choses se présentaient mal pour les Anglais, elles n'étaient pas sans inspirer quelque crainte aux Allemands. Ils avaient prévu que la plus forte opposition serait rencontrée par le 3ème R.I. qui pourrait avoir besoin de l'assistance du deuxième régiment d'infanterie. Toutefois, le 3ème régiment occupa la rive Nord du canal et avança dans un délai relativement court alors que le deuxième ne faisait que de faibles progrès. Le Q.G. avancé des SS reçut un rapport radio du 2ème R.I. leur indiquant qu'il rencontrait une résistance extrêmement forte et que les pertes étaient élevées. Le bataillon n° 1 en particulier avait beaucoup souffert. A la réception de ce rapport, le commandant de la division envoya un officier d'Etat-major pour dire au 2ème R.I. que le CORNET-CALO et PARADIS devaient tomber, sans quoi le flanc du 3ème R.I. serait menacé. Toutes les réserves disponibles devaient être engagées. A la chute du jour, le feu diminua. POOLEY et ses deux camarades décidèrent de se poster dans une maison avec un grand jardin. Ils essayèrent de rester groupés mais ne le purent et un des hommes disparut dans les ténèbres.

POOLEY ne le revit pas. Pendant la nuit, les deux hommes, tour à tour, dormirent et guettèrent depuis le rez-de-chaussée de la maison. Il n'y eu que peu d'activité au voisinage pendant la nuit mais dès les premières lueurs du jour le combat s'embrasa de nouveau dans les alentours. POOLEY et son ami décidèrent d'essayer de retrouver le reste de la compagnie. Ils quittèrent la maison et se mirent à ramper dans un champ de blé. Quand ils approchèrent du bout du champ, ils entendirent quelqu'un qui se déplaçait dans le blé juste devant eux, la lumière était incertaine, aussi, ils se mouvaient avec beaucoup de précautions. POOLEY un revolver à la main, se redressa au-dessus du blé et vit immédiatement un Allemand faisant exactement le même geste devant lui. La surprise fut mutuelle et ce n'est pas à cause de son sang-froid que POOLEY appuya le premier sur la détente. L'Allemand était tout aussi prêt que lui mais il mourut avant de tirer. Les deux Anglais s'attendaient à ce qu'il y eut d'autres Allemands autour mais apparemment ce soldat avait perdu le contact et se trouvait à quelque distance de ses camarades. Toutefois, la détonation n'avait pas échappé à l'ennemi et aussitôt une mitrailleuse commença de balayer la place. Les deux Anglais se collèrent au sol et après une courte pause rampèrent en avant en direction d'une maison que le reste de la compagnie "A" défendait. Après avoir crié leur identité, ils rejoignirent leurs compagnons.

Le 27 mai fut ponctué à trois heures du matin par un violent tir de barrage ennemi suivi par une attaque d'une puissance considérable lancée par l'infanterie. Ce qui restait de la compagnie « B » fut férocement assailli non seulement par l'infanterie mais aussi par des véhicules d'assaut cuirassés dans le village du CORNET-MALO. Les derniers mortiers de la compagnie furent mis hors service et la position devint extrêmement grave. Entre 5 et 6 heures du matin, un message parvint indiquant qu'une force de relève forte d'une brigade d'infanterie française et d'un régiment de chars anglais pouvait être espérée. La compagnie B était si sauvagement attaquée que le Q.G. du bataillon dans la ferme DURIEZ n'avait aucune nouvelle d'elle et se trouvait incapable de lui fournir le moindre renfort pour l'aider dans son terrible engagement.

Les tanks allemands progressaient vers les positions tenues par les hommes de la compagnie « A » mais ne précipitaient pas leur attaque. O'CALLAGHAN, depuis le jardin de la ferme où il était installé regardait avec des jumelles qu'il avait empruntées, il vit des chars s’élancer vers ce qui semblait être leur objectif.

La compagnie « C » était maintenant en proie à une attaque puissante et continue avant de devoir abandonner le terrain. L'ennemi traversait partout le canal. Nos pertes s'accroissaient rapidement sous les assauts répétés. Les ruines de PONT-SUPPLIE furent utilisées par le génie allemand pour faire passer quelques canons légers de l'autre côté du canal. Ils furent employés contre les îlots de résistance britannique au CORNET-MALO.

Les tirs à courte distance et à vue réalisèrent ce que n'avait pu réussir l'infanterie allemande. Les Norfolk qui défendaient ces bâtiments étaient définitivement surpassés. Quand le CORNET-MALO tomba, les Allemands poussèrent vers PARADIS. Le deuxième régiment d'infanterie déploya son premier bataillon vers la droite, son deuxième au centre et son troisième à gauche. On comptait donc trois bataillons allemands contre le régiment ROYAL NORFOLK.

Un Q.G. de bataille allemand fut installé au CORNET-MALO pour diriger une attaque sur PARADIS. Les bataillons allemands déclarèrent tous les trois qu'ils rencontraient une résistance acharnée et que les patrouilles d'éclaireurs avaient été balayées dans les terrains plats autour de PARADIS. Le 2ème bataillon était le plus sévèrement atteint, perdant son commandant ainsi que tous les commandants de compagnie. Les compagnies se trouvaient maintenant sous les ordres de sous-officiers et leurs effectifs se réduisirent à ceux d'un peloton. Un point d'appui avait été conquis aux abords Sud de PARADIS, mais le régiment n'avait pas avancé.

Le Q.G. ennemi étudia les rapports et les transmit à la Division qui envoya des instructions, exigeant que PARADIS tombe le jour même pour maintenir la ligne au niveau des divisions de droite et de gauche. Pour assister le 2ème R.I., des éléments du 3ème R.I. devaient attaquer sur le côté Est de PARADIS. Le lieutenant-colonel GOETZE, commandant le 3ème régiment arriva selon les ordres, avec des éléments de son régiment et atteignit le carrefour Sud de l'église de PARADIS. Il avança ensuite à la tête de ses troupes et fut tué presque immédiatement.

Le Q.G. du bataillon NORFOLK fut informé du succès de la Wehrmacht. Un sous-lieutenant avec six hommes, le reste des cent quatre vingt quatre hommes que comptait la compagnie avaient rejoint sans encombre le Q.G.

Albert POOLEY se trouvait parmi eux. Le sous-lieutenant se présenta au chef de bataillon qui lui enjoignit de disperser ses hommes autour de la ferme. Des fenêtres supérieures de cette ferme située sur la rue de PARADIS, on dominait toute la campagne plate environnante. On trouvait une cour délimitée sur un coté par la maison d’habitation, sur deux autres par des bâtiments d’exploitation et sur le dernier par un mur. Au centre de la cour, il y avait une citerne carrée. La maison possédait deux grandes caves et s'élevait sur trois niveaux : un rez-de-chaussée et deux étages.

POOLEY était posté avec trois autres hommes sur un des côtés. Ils firent des ouvertures dans le mur de briques pour pouvoir observer et tirer. De son trou, POOLEY apercevait le jardin de la ferme, les champs et quelques maisons le long de la rue de PARADIS. Il y avait une villa à une centaine de mètres. Des Allemands s'infiltraient dans le dos du Q.G. du bataillon. Il était nécessaire de continuer à observer dans cette direction. Des obus de mortier tombaient sur la ferme et un incendie s'était déclaré, il fut toutefois maîtrisé. POOLEY et ses hommes en observation le long du mur décidèrent d'installer une protection pour leur dos, car des obus explosaient dans la cour, le souffle devenait difficile à supporter. Ils entassèrent quelques balles de paille derrière eux.

POOLEY s'intéressa à un de nos hommes s'occupant d'installer un télémètre dans une embrasure de porte. Cet homme se croyait masqué par les bâtiments mais au moment où il se pencha sur son instrument une balle l'atteignit â l'épaule. POOLEY raconta " il ne semblait pas seulement surpris mais également indigné " comme si les Allemands avaient fait quelque chose d'interdit. Un peu plus tôt, on avait posté O'CALLAGHAN près d’une haie entourant le jardin de la ferme. Un saule penché avec une fourche à la bonne hauteur lui servit d’appui pour son fusil. Un de ses compagnons fit   la même chose à quelques mètres. Le sergent des transmissions qui les avait installés leur dit de tirer seulement quand il en donnerait 1' ordre car il ne voulait pas que l'ennemi connaisse leur position.

O'CALLAGHAN regardait au loin au travers des prés plats, sans haies, séparés seulement par des rangées de saules et bien qu’il put voir quelques Allemands s’approcher le long d’un fossé, il retint son feu. Mais quand ils furent vraiment trop près, il dit à son copain : " Allons-y George tâchons de les avoir ". Il toucha deux ennemis, mais son sous-officier entendant les détonations, arriva le dos courbé et dans une flambée de colère lui dit de retourner à la ferme pour avoir désobéi à ses ordres et que là-bas il s'occuperait de lui plus tard. Il ne le fit pas car il mourut peu après. O'CALLAGHAN quitta son buisson, alla à la ferme et descendit les marches de la cave. Il dit ce qui était arrivé à un autre sous-officier des transmissions, celui-ci l’invectiva et lui donna un travail à faire. Le haut de la cave était en briques percé par un soupirail au niveau du sol qui donnait un peu de lumière. La cave elle-même mesurait environ quatre mètres cinquante de côté pour une hauteur de l mètre quatre-vingt. De cet endroit la section des transmissions du bataillon essayait de maintenir le contact avec les compagnies. Un message fut reçu de la « D » indiquant qu'il ne lui restait plus qu'un officier et six hommes. Ils défendaient jusqu'au dernier le Q.G. de leur compagnie. Le combat prit un tour inhabituel quand le flanc de l’ennemi sembla se retirer mais bien vite on entendit le rugissement d'une motocyclette fonçant dans la rue de PARADIS le long de la ferme Duriez. Le sergent des transmissions qui, en bas, avait donné des ordres à O'CALLAGHAN entendit la moto et pensa qu'il s'agissait d'un des éclaireurs manquants qui revenait. Il sortit dans la cour par une petite grille de côté sans prendre conscience de son erreur ni du danger. Le motard était un Allemand, il arrêta sa machine, fit un balayage avec sa mitraillette et tua l'Anglais. Puis il démarra et alla jusqu'à la villa en bas de la rue. Deux autres motocyclistes arrivèrent mais cette fois les défenseurs réalisaient ce qui arrivait. Un officier sortit du couvert comme les machines stoppaient sur la route. Fasciné POOLEY le regardait ajuster son révolver et tirer. L'Allemand avait déjà son fusil dans la main mais semblait magnétisé par la hardiesse de l'Anglais, il ne put pas   tirer et tomba en travers de sa machine. Son compagnon avait été criblé de balles provenant des fenêtres supérieures de la ferme. L'officier tira de nouveau sur le corps qui s’effondrait. Il restait un motocycliste, celui qui était dans la villa. Le sergent-major attrapa un fusil antichar, il tira plusieurs fois d'une fenêtre donnant sur la rue, vers la pièce dans laquelle l'Allemand était allé. La menace était éloignée," Ces Allemands ont dû penser que c'était les leurs qui occupaient la ferme " dit POOLEY,"cette erreur leur a coûté la vie et nous avons perdu notre sergent ".

Les ennemis progressaient avec succès vers le Q.G. du bataillon, le feu d'un nombre de plus en plus grand d'armes légères et de mortiers était dirigé contre lui. Les positions tenues auparavant par les compagnies A et B étaient maintenant aux mains des Allemands et les vaillants défenseurs de la D étaient silencieux, probablement submergés. La compagnie « C » fit également savoir par téléphone que l'ennemi avait encerclé sa position.

Face à une situation aussi désespérée, des appels furent lancés pour un support d'artillerie, mais la réponse confirma ce que craignait le bataillon - il n'y avait aucun support disponible.

La ligne du téléphone qui le reliait à la compagnie d'un autre bataillon fut coupée. Il ne restait au bataillon que deux liaisons téléphoniques, l'une avec la brigade, l'autre avec une de ses compagnies.

Mais, même démolie, il continuait à combattre. L'église et le groupe de maisons   autour formaient un point d'appui pour les défenseurs. Des tireurs d'élite embusqués dans le clocher sonnaient avec précision, les cloches aux attaquants.

    Il fut révélé des années plus tard que le commandement allemand ne croyait pas que le 1er bataillon puisse atteindre son objectif tant il avait été malmené et diminué, le 3ème bataillon, avec l'appui du 3ème R.I. devait anéantir la résistance au centre du village. Toutefois ce ne fut pas avant le milieu de l'après-midi pour le moins, que leur mission fut remplie.

Pendant ce temps, d'autres troupes allemandes étaient concentrées contre le Q.G. du bataillon, autre point local de la résistance.

CHAPITRE 3  / A VENIR

 

Source : Livre La Fosse et Paradis par l'association Valorisation du Patrimoine de Lestrem.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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